MÉLODIE

Avant la généralisation des instruments les danses étaient chantées. C'était une façon de transmettre des traditions et d'en perpétuer le souvenir. En Bretagne, ces chants racontaient des légendes ou des drames qui avaient marqué tel ou tel village, telle ou telle famille. Ces mélodies étaient donc porteuses de sens et la danse s'organisait autour de celles-ci, fussent-elles improvisées.
L'arrivée des instruments a pris la relève des chants dans leur déroulement mélodique. Le nombre d'instruments étaient souvent assez limité, c'est la ligne mélodique qui guide la danse. Des instruments comme la vielle à roue ou, plus tard, l'accordéon diatonique, peuvent à la fois jouer la mélodie tout en marquant la rythmique. Mais nombre de danses occitanes se contentent d'une simple flûte à trois trous ou d'une cabrette, peu à même de marquer le rythme.

À l'opposé des traditions afro-américaines, nos danses ne sont pas animées par le rythme (porteur d'improvisation), mais obéissent à un langage guidé par la ligne mélodique.

Au cours du XIXe siècle, sous l'influence des danses de salons les danses se sont chorégraphiées. L'instauration de figures plus ou moins complexes est venu différencier les danses, de façon plus ou moins dogmatique, auxquelles sont attribuées des musiques reconnaissables par leur mélodie. La bourrée des Grandes Poteries est issue de cette mode, comme la plupart des bourrées 3 temps, en quadrettes. Cet habillage, prémisse du déclin des danses régionales, est venue perturber l'usage des codes qui réglaient la danse sur la musique tout en permettant aux danseurs leurs propres interprétations.
Les bourrées en lignes (à 2 temps) ont échappé à cette mode réductrice. Sur un schéma simple : 4 aller-retours - 4 traversées, elles autorisent de nombreuses variantes aux danseurs qui peuvent ainsi exprimer toute leur sensibilité, leur habileté et leur capacité créatrice.
Cette liberté d'expression ne peut exister que dans les limites des codes danse/musique, par ailleurs peu contraignantes concernant la bourrée.

J'ai vécu récemment 3 expériences de rupture de cette harmonie, et qui sont à l'origine de la présente réflexion :

    • La première musique respectait la longueur des phrases musicales, ainsi qu'une certaine ligne mélodique. Mais la rythmique avait pris l'ascendant sur la mélodie pour inviter finalement à danser quelque danse exotique tropicale et non pas une bourrée du centre de la France.

    • La seconde est une création d'un compositeur qui a baptisé son morceau "bourrée techno", mais qui n'a de bourrée que le nom, totalement démunie de ligne mélodique.

    • La troisième (et, hélas, je crains que ce ne soit pas la dernière) est due à un arrangement musical qui a modifié la structure même de la mélodie, supprimant tout repère temporel aux danseurs. Dès la reprise du troisième cycle l'ordonnancement de la danse était perdu, certains continuaient à faire des traversées, tandis que d'autres avaient repris les aller-retours, des cavaliers étaient passés du côté des cavalières. Bref, il n'y avait plus aucune ligne de danse.

DEUX GRANDS TYPES DE STRUCTURE MÉLODIQUE
(j'écris cela en pensant principalement aux bourrées et aux danses en rondes)

Couplets - Refrain

Exemple : Rond d'Argenton
La ligne mélodique est composée de deux parties, auxquelles correspondent deux figures d'ensemble, elles-mêmes bâties sur deux pas différents.
Pour le rond d'Argenton, la première partie est constituée par des déplacements de la ronde vers la gauche (soit dans le sens horaire), tandis que la seconde est constituée par un mouvement du cercle vers son centre et retour vers l'extérieur (pas marchés : avant - arrière).
Ces rondes sont souvent chantées, suivant une structure "couplets - refrain". Le refrain étant sur la seconde partie de la danse.
Mais il est évident qu'il faille une rupture dans la ligne mélodique pour marquer les différentes phases de la danse. Sans un soutien mélodique clair, cette structure de danse n'a pas de sens.

Question - Réponse

Exemple : Bourrées (2 temps en ligne - ou autres)
On distingue également deux parties, et dans la musique, et dans la danse. Mais la rupture mélodique est beaucoup moins marquée. Il s'agit davantage d'une évolution de celle-ci. La seconde partie musicale est davantage un complément à la première, une réponse à la suggestion qu'elle évoquait. Il en est de même pour la structure de la danse. Les différences ne se sentent que dans la nuance. Les pas sont les mêmes, seul leur enchaînement varie.
Sur la première partie musicale des bourrées 2 temps en ligne les couples s'approchent et s'éloignent (le plus souvent 4 aller-retours) (un peu à la manière d'une attente inassouvie). Dans la seconde partie, les couples se croisent, se frôlent, se touchent presque…
C'est un jeu, où le regard a autant d'importance, sinon plus, que la chorégraphie en elle-même.
Mais si la musique n'y invite pas (si elle ne joue pas le jeu), alors ce n'est plus la même danse.

Variante QUESTION - RÉPONSE
Exemple : Branles (Renaissance)
Dans les branles de la Renaissance les aller-retours se bâtissent suivant une double structure Question - Réponse. À l'intérieur de deux grandes parties, on peut distinguer des jeux musicaux en forme de Question - Réponse de longueurs qui peuvent être inégales, suivant qu'il s'agisse d'un pas de branle double ou d'un pas de branle simple. C'est l'écoute attentive de la musique qui guide les danseurs.
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